FIARAHA-MONINA


Aux Merina résolus à préserver leur identité,
Aux héritiers du Firaisan'ny Tanindrana sy ny Mainty ary ny Karazany...

      Cela fait un moment qu'un débat censé avoir été provoqué par mes déclarations s'effectue sans moi. On met donc sur le compte de mon nom toutes sortes de propos dans lesquels, le moins que l'on puisse dire est que j'ai des difficultés à me reconnaître. Cela dit, je ne pense pas qu'il s'agit en l'occurrence d'un malentendu puisque ce que l'on peut entendre par là révèle finalement d'autres attentes. De façon imaginaire, on fait dire à celui qui vous contrarie ce qu'il n'a pas vraiment dit mais que l'on aurait aimé qu'il dise afin de mieux le circonscrire, le situer dans votre champ de tir. Un procédé compréhensible de la part de ceux qui n'ont plus d'autres ressources mais n'en demeurant pas moins bien puéril !...

      Pour remettre donc les choses à leur place, je tiens à rappeler brièvement le sens de ce que j'ai réellement écrit et que confirme évidemment une lecture un peu attentive de mes textes.

      D'emblée, pour des raisons qui ne font pas non plus mystère et sur lesquelles j'aurais à revenir, le simple fait d'avoir défendu sans ambages les droits ethniques des Merina m'a valu d'être accusé de prôner le "racisme". Je ne peux évidemment que m'en défendre, encore que ce thème ayant été malencontreusement placé au coeur du débat par mes "contradicteurs", il me semble indispensable d'apporter ici quelques commentaires.

      Et tout d'abord, je tiens à dire que je suis parfaitement incapable de donner une définition un tant soit peu cohérente du concept "racisme" et je défie quiconque d'autre AU MONDE de pouvoir le faire. En fait, ce terme n'est que le miroir des fantasmes de ceux qui se disent "antiracistes". En cet âge de surexploitation des dividendes idéologiques de l'Après-guerre et devant la perspective d'un éventuel "brassage planétaire", le "raciste" n'est pour l'antiraciste que l'adversaire qu'il cherche sournoisement à diaboliser pour mieux le perdre, sans autre forme de procès. Sont pour lui "racistes" tous ceux dont l'affirmation identitaire est susceptible de remettre en question le consensus passif (sur arrière-plan d'intimidation, pour ne pas dire de terrorisme moral, lorsque ce n'est pas carrément juridique !) devant le caractère supposé inéluctable de l'homogénéisation mondiale dont ses petits intérêts profitent directement. Et c'est bien pour cela qu'au niveau des particuliers, les champions déclarés de l'antiracisme sont en général les membres des puissantes communautés transfrontalières, ou alors les candidats à l'intégration au sein d'autres communautés les rejetant eux-mêmes pour tenter justement de préserver leur propre intégrité.

      Autant dire qu'à notre époque, celui accusé (pratiquement toujours donc de façon unilatérale et intéressée puisque c'est l'antiraciste qui décide de lui-même, en fonction de ses propres problèmes, qui serait à son avis "raciste"!) de "racisme" n'est que le remplaçant de celui condamné en d'autres temps pour des pratiques de "sorcellerie". Il y a une vingtaine d'années de cela, quand le monde était divisé en deux blocs idéologiques rivaux, le "méchant" de service était selon le camp dans lequel on se trouvait, le "capitaliste-fasciste" ou le "communiste-gauchiste". Maintenant, ce n'est plus que le "raciste"!... A cette différence près que ce dernier refuse en général lui-même d'être ainsi catalogué, et pour cause !

      Car pour des raisons évidentes donc, "raciste" n'est qu'une simple insulte commode (et à la mode !) que l'on charge de toutes ses pulsions négatives, y compris les plus inavouables. Là où en des circonstances normales, on traiterait un contradicteur que l'on veut injurier de "salaud" ou d'"ordure", dans ce cas particulier (mais qui tend fâcheusement à devenir très général !) on lui balance à la figure qu'il est "raciste" ! Auquel cas, celui ainsi agressé devrait normalement pouvoir répondre par d'autres injures équivalentes ! Il est donc parfaitement légitime déjà que je réponds vertement, dans ma propre façon de parler (et qui, personne ne pourrait le nier, exclut le genre de vulgarité facile dont se délectent les amateurs de défécation dans les mailbox, faute de pouvoir exposer la moindre idée dépassant la cadre des clichés, lorsque ce n'est pas des slogans à la mode !), à celui qui a osé me traiter de "raciste" !

      Mais par ailleurs, il se trouve tout simplement que je ne me reconnais dans aucune théorie susceptible d'être considérée sérieusement comme étant "raciste". Pour peu en effet où le terme "racisme", à la lumière des pratiques que l'on y associe, comporterait une quelconque signification, ce serait le fait de prôner la domination d'une race que l'on considère comme supérieure sur celles supposées inférieures. Or, je n'ai jamais dit une chose pareille car je ne le pense absolument pas. Et contrairement même à nombre d'antiracistes patentés, comme par exemple les thuriféraires de la négritude ou les champions de l'"universalisme français", je ne crois pas beaucoup qu'une "race" ou une langue possède en elle-même des qualités particulières, du fait de quelques caractères intrinsèques transmissibles par voie génétique ou non.[53] Et en tout état de cause, que celles-ci puissent lui permettre de se poser en modèle ambitionnant de s'imposer au reste des hommes, sous quelque prétexte que ce soit.

      Auquel cas déjà, si le "racisme" est vraiment le fait de souhaiter imposer ses particularités aux autres, tous les impérialismes, tous les universalismes, tous les nationalismes étatiques mêmes en sont de simples manifestations. Et les "racistes" indéniables sont avant tout les coloniaux assimilationnistes, les propagateurs de religion, les partisans du brassage ethnique, les prêcheurs même du respect des "Droits de l'Homme", d'un homme unique, universel, en fonction du modèle qu'ils s'en font à partir de leur propre nature. En somme, les véritables "racistes" seraient en fait surtout les champions déclarés de l'antiracisme !...

      Et c'est bien pour cela que je me refuse absolument à me laisser enfermer dans un débat aussi tortueux que puéril. Pour moi, le "raciste" n'est que le reflet en négatif de l'antiraciste, l'expression de ses fantasmes les plus morbides, les plus inavouables. Et l'antiracisme n'est pas une idéologie,[54] encore moins un idéal ou une philosophie, c'est une maladie. Une forme de folie agressive poussant au désir de meurtre, de lynchage, de cannibalisme suicidaire. L'antiraciste-type est, pour prendre un exemple devenu "classique", ce Noir tellement honteux d'être ce qu'il est qu'il n'a qu'un seul désir, "noyer" sa négritude dans les veines d'une famille blanche qu'il ne peut cependant s'empêcher de maudire pour peu que celle-ci se permette de le regarder seulement de travers.

      Voilà pourquoi, à ce niveau, je laisse l'antiraciste à ses problèmes et me préoccupe plutôt de me défendre, ou plutôt de défendre mon peuple, de ses agressions puisque c'est en fait de cela au fond qu'il s'agit ici. Et au moins là-dessus, personne ne serait en mesure de nier que les Merina sont actuellement un PEUPLE MENACE DE MORT.

      Nous nous trouvons en effet sous la coupe de dirigeants étrangers à notre communauté, et qui se conduisent à notre égard de manière tyrannique et irresponsable, en vue manifestement de nous détruire. La preuve en est que depuis une quarantaine d'années maintenant (sans compter la période directement coloniale), nous avons fait dans notre propre pays l'objet de mesures discriminatoires, nous excluant arbitrairement de nombre de postes de responsabilités, d'attributions d'aides publiques, de bourses d'études (bien de nos "internautes" résidant dans les pays anglo-saxons en savent quelque chose !), etc. Une génération de Merina hautement compétente, celle des années soixante à quatre-vingt-dix est ainsi en train de disparaître maintenant sans avoir jamais pu faire profiter de leurs potentialités leur malheureux pays. Au point de laisser la génération suivante complètement amère et désabusée, empêtrée dans la plus noire des misères. Et dernièrement, on nous a même fait subir la pire outrage que les gens de ce pays sont en mesure de concevoir, la destruction-profanation de nos plus importants lieux saints, jusqu'aux cimetières les plus vénérés.

      Et ce serait donc le fait de dénoncer tout cela, tout en appelant au redressement national merina qui relèverait du "racisme"! En déclarant à mon tour que les Merina sont un peuple d'origine malaise et qui devraient en être fiers et préserver en conséquence leurs héritages, je serais un "ségrégationniste", souhaitant de ce simple fait asservir les autres peuples de Madagascar que j'aurais traités comme des moins que rien. Et en révélant enfin que l'appellation même de "malgache-malagasy" est une injure inventée et entretenue par les colonisateurs vazaha pour préserver leur domination usurpatoire sur Madagascar, je suis moi-même un insulteur impudent et foncièrement raciste!

      On découvre à l'évidence ici tout le côté à la fois absurde et pathétique de ce "débat" qui n'en est pas un, tant les positions de certains relèvent du simple camouflage, sans parler des disparités véritablement désespérantes au niveau de la qualité d'information, pour ne pas dire de la réflexion. Ainsi, je n'hésiterais pas déjà à affirmer que 99 % des propos que l'on m'attribue n'ont strictement rien à voir avec ce que j'ai effectivement exprimé. En fait, on s'est contenté de supposer ce qu'implicitement, en fonction des problèmes et des fantasmes de mes contradicteurs, j'aurais voulu entendre par là. Ce n'est pas la signification réelle et objective de mes textes qui est combattue, c'est ce que l'on imagine que je dois avoir derrière la tête en les écrivant. En d'autres termes, peu importe ce que j'ai pu écrire (je suis d'ailleurs prêt à parier que, comme à l'habitude dans ce cas, bien peu de mes détracteurs ont lu et encore moins compris mes textes !), ou même à la limite pensé, ce qui compte pour mes adversaires c'est ce qu'ils croient que je dois nécessairement penser. Et en partant évidemment du principe que, osant ainsi parler ouvertement en tant que MERINA, je ne saurais de toutes façons être qu'un sale "raciste", c'est-à-dire, en clair comme je m'en suis expliqué, un salaud, un odieux criminel ne méritant que le lynchage.

      Cela dit, l'attitude trouble, à la limite du phénomène psychanalytique de mes détracteurs n'en révèle pas moins le fond du problème, là où véritablement le bât blesse.

      Et d'abord, cette frayeur obsessionnelle devant toute affirmation identitaire merina. Qu'un Sakalava affirme tout haut qu'il est sakalava, de race noire et en est fier, cela ne dérange personne et nul n'irait en déduire qu'il doit être un tantinet "raciste". Que l'ensemble même des politiciens côtiers se réclament cyniquement d'une "cause côtière", juste pour permettre à un ramassis d'oligarques corrompus et incompétents d'accaparer le pouvoir, cela ne relèverait que du phénomène politique. Que dans le passé (mais avec un prolongement bien vivant et sournoisement assumé par beaucoup!), un parti anti-merina ait pu s'afficher ouvertement discriminatoire, au point de s'appeler Firaisan'ny Tanindrana sy ny Mainty enin-dreny ary ny karazany rehetra eto Madagasikara, c'est tout juste embarrassant mais, en aucun cas, une manifestation de racisme. Mais si un seul Merina ose seulement déclarer en public, "je suis Merina et je suis de race malaise", c'est le tollé général !... Et les injures les plus grossières, les plus viscérales même de fuser de toutes part : raciste ! ségrégationniste !...

      D'ailleurs, on a pu également le constater à la suite de la destruction d'Anatirova puisque ce ne sont pas les Merina que les officiels ont essayé de "plaindre" mais les "Tananariviens" ! Le "peuple" d'Antananarivo.

      A la réflexion cependant, tout cela n'est guère surprenant. C'est qu'à Madagascar, les Merina ne sont pas un peuple comme les autres. Il ne sont ni les plus nombreux, ni les plus riches, ni les plus puissants, et certainement pas les plus agressifs et les plus difficiles à vivre mais ils ont quelque chose de très particulier que tous envient jusqu'à en attraper des ulcères : le prestige d'une ascendance inévitablement valorisante, une histoire qui, bien qu'ayant tourné au tragique demeure fascinante, et même tout simplement, une certaine apparence physique ...

      Mais si encore, il n'y avait que cela. Après tout, d'autres peuples possèdent également des particularités qui les rendent très impressionnants mais n'en ont pas pour autant subi ce que l'on a fait subir aux Merina. Et surtout, ils ne suscitent pas les mêmes réactions que, contre toute logique, les Merina suscitent quasi-automatiquement de la part de leurs voisins.

      C'est que, en réalité, les Merina sont le peuple essentiel de ce pays. Ils sont à l'image des ancêtres fondateurs auxquels tous continuent inévitablement à se référer. Seuls d'entre tous, ils parlent toujours une langue issue en ligne droite de celle de leurs propres ancêtres et prolongent directement leur histoire. Ils sont demeurés ce que les autres auraient tant voulu continuer être, en croyant même sans doute, pendant toute une époque, qu'ils étaient véritablement mais que désormais, et pour toujours, ils savent ne plus jamais être.

      En somme, les Merina représentent pour les Noirs de Madagascar l'incarnation troublante d'une identité perdue et qu'ils ne cesseront jamais de regretter. Ils servent cruellement de miroir révélant ce qu'ils auraient aimé être, ce qu'ils étaient même en partie mais qu'ils ne sont plus.

      Voilà pourquoi on a pu dire qu'ils sont avant tout "coupables" d'exister. On ne leur reproche, ni ce qu'ils auraient pu faire, ni de représenter une quelconque menace mais tout simplement, d'être ce qu'ils sont. Pour leurs voisins noirs, devenus conscients de leur propre nature et des problèmes qu'ils reconnaissent y être associés, le seul aspect physique d'un Merina constitue déjà un reproche insupportable, une sorte d'agression potentielle. Et pour peu qu'ils soient convertis au discours antiraciste, c'est là déjà pour eux, virtuellement, du "racisme".

      Il est donc pour eux indispensable que les Merina se taisent à jamais. Ou tout au moins, qu'ils ne parlent que pour les "rassurer" un peu : samy malagasy isika!... Tout en s'interdisant bien sûr de revendiquer leur mérinité. Et en tout état de cause, il n'est absolument pas question qu'ils lorgnent vers l'Asie et se permettent d'affirmer: nous sommes de race malaise !...

      Car aussitôt, le mécanisme des associations d'idées confuses et morbides ne manquerait de s'ébranler chez leurs voisins, dénotant ce que l'on ne pourrait qualifier autrement que de "complexe d'infériorité". Le Merina se dit de race malaise ; donc il refuse d'être assimilé noir. Il se désolidarise du destin de ses autres "compatriotes malagasy" pour les laisser seuls avec leur négritude. A l'évidence, il doit mépriser les Noirs. Il pense que ce sont des andevo, des êtres inférieurs, des sauvages sans cervelle, à peine capables de se servir de leurs mains et de leurs jambes. Il doit certainement appartenir à une caste de dominateurs occultes ne cherchant qu'à exploiter, à asservir les Noirs comme partout ailleurs, on a toujours fait. Il veut les empêcher de conserver le pouvoir auquel ils ont maintenant, et pour toujours, pleinement droit à Madagascar. En conséquence, il ne peut être qu'un salaud de la dernière espèce, ne méritant que d'être lynché. Raciste ! Ségrégationniste !

      Véritablement pitoyable !

      Mais en ce qui nous concerne, il ne nous appartient pas de nous y apitoyer mais plutôt de nous en défendre car malheureusement, après les intéressés eux-mêmes, c'est avant tout contre nous que ce délire promettant d'être mortel se manifeste.

      Cela dit, il serait également absurde de prétendre que les Merina sont des êtres sans tache, n'ayant jamais rien fait pour mériter l'hostilité de leurs voisins. En fait, on peut tout simplement leur reprocher ce qu'à priori, on peut reprocher à tous les anciens conquérants. Leurs ancêtres ont agressé, envahi, ravagé, pillé, occupé d'autres pays ; ils ont perpétré des massacres, des déportations massives, au point que, pendant toute une époque, le retour de chaque expédition militaire victorieuse était accompagné d'une cohorte d'esclaves.

      Soit, et personne de nos jours n'irait s'en féliciter. Mais nous n'avons pas non plus de raison de nous en faire des reproches, ou d'accepter d'en recevoir outre mesure, même de la part des descendants des anciennes victimes. Ce que nos ancêtres ont accompli d'abusif, d'autres l'ont fait avant eux, y compris contre eux-mêmes, et à leur place, n'importe quel autre dominateur n'aurait manqué de faire la même chose. Davantage même, ils ont fait à leurs voisins ce que ces derniers n'auraient eux-mêmes manqué de faire contre eux s'ils en avaient eu les moyens.

      Faut-il d'ailleurs rappeler que, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le pays merina a été constamment harcelé par les raids des chasseurs d'esclaves, originaires pour la plupart des régions périphériques ? Et la preuve en est que les premiers merina dont parlent les textes européens étaient des captifs vendus sur la côte pour être déportés Dieu sait où. En Imerina même enfin, on trouve des toponymies comme ampamoizankova (répondant à d'autres, comme Ampitaniankova, évoquant les "larmes des Hova" déportés dans les régions côtières !) et le passage de vie à trépas se dit encore pour nous lasa any amin'ny varo-tsy mifody.

      Et lorsqu'on se penche de plus près sur le véritable impact de la domination merina au XIXe siècle à Madagascar, on ne manque de constater combien celui-ci était en fait beaucoup plus limité qu'on ne se l'imagine ordinairement. Pour tout dire même, la présence merina semble surtout s'être fait sentir par une mainmise douanière et le maintien sporadique de postes militaires, davantage destinés à symboliser une présence vis-à-vis des Européens (et en particulier des Français, constamment aux aguets pour tenter de coloniser Madagascar !) qu'à contrôler la population ou à entreprendre des répressions. C'est dire que, la plupart du temps, les Merina ne pouvaient (ni sans doute, ne voulaient) se mêler des affaires intérieures des peuples théoriquement assujettis. Et la preuve en est que, partout en zone sous suzeraineté merina, les royautés ou les chefferies locales ont pu se maintenir en toute indépendance, sauf évidemment dans leurs relations avec les Européens.

      Au point d'ailleurs que des "historiens" nationalistes d'origine côtière, non sans anachronisme ont pu reprocher aux Merina de n'avoir rien entrepris d'un peu sérieux pour transmettre de leurs propres savoirs aux autres. Mais, dans leur vision des choses justement, les Merina n'étaient absolument pas assimilationnistes. C'est dire qu'il n'avaient aucunement l'intention de construire une quelconque "nation malgache" unitaire. Si bien que prétendre qu'un Radama (sans parler d'Andrianampoinimerina !) était un précurseur de l' "unité nationale malgache" relève d'un véritable contresens historique et révèle une incompréhension totale de la vocation profonde de la civilisation merina. En fait, ce n'est que vers la fin de la période que, par le biais du christianisme et de l'Isan-Enim-bolana, les dirigeants du Rova ont commencé à entrevoir une possibilité de diffusion culturelle vers les autres régions de l'île.

      Et tout ceci s'explique par le fait que, comme tous les tenants des cultures traditionnelles, les Merina étaient foncièrement tolérants et trouvaient normal que chaque peuple préserve sa propre culture et sa propre identité. A telle enseigne qu'ils n'ont même pas entrepris d'intégrer à l'intérieur de la société merina, autrement du moins qu'en en faisant une "caste" complètement à part, les Mainty libérés. Ces derniers étaient parfois immensément riches (certains possédant eux-mêmes des milliers d'esclaves !) et pouvaient disposer d'un énorme pouvoir (16 Voninahitra, le même niveau qu'un Premier Ministre !) mais n'en étaient pas moins considérés, et je dirais même plus, RESPECTES dans leur identité de noir qu'on leur laissait perpétuer dignement. Mais j'imagine qu'en la circonstance, l'antiraciste moderne aurait surtout aimé qu'on leur permettre de se mériniser biologiquement, tant ils estiment qu'être noir est une tare...

      Comme on peut le constater, on est bien loin ici de ce que d'aucuns s'imaginent au sujet de la "domination impérialiste" des anciens Merina à Madagascar, comme quoi ces derniers auraient impitoyablement asservis tout le monde, tout en accaparant pour eux seuls la richesse de l'île. Et en tout état de cause, l'interprétation que l'on peut avoir de ce passé ne saurait justifier en rien le sort que l'on fait subir de nos jours aux Merina.

      Car désormais, voilà donc pour nous le fond même du problème. Notre situation actuelle est tout simplement inacceptable, et nous sommes résolus à ne plus jamais l'accepter. Nous en avons assez de vivre dans la misère, la honte et la crainte dans un pays devenu sans foi ni loi. Nous en avons assez de nous sentir perpétuellement impuissants face aux défis posés par le sous-développement, uniquement parce que la gestion de nos affaires dépend du bon vouloir d'une poignée d'oligarques étrangers à notre communauté et dont la solution à nos problèmes est le dernier souci. Nous en avons assez d'assister en témoins passifs à la destruction délibérée de notre pays et de toute notre nationalité ; de voir l'ensemble de nos héritages partir littéralement en fumée sans pouvoir rien faire pour s'y opposer. Nous en avons enfin assez de subir constamment les injures et les intimidations du fait uniquement de nos origines et de notre identité que l'on nous interdit même d'assumer ouvertement, sous prétexte que nos envieux oppresseurs s'imaginent qu'il devrait nécessairement y avoir là un ferment de "racisme" ou de "ségrégationnisme".

      Nous voulons pouvoir vivre normalement, en toute indépendance et dignité sur la terre que nous ont léguée nos ancêtres, jouissant en paix de l'ensemble de nos héritages. Pouvoir travailler sans crainte pour enfin sortir notre pays de la misère, avec simplement la conviction que les premiers à profiter de nos efforts seront nos propres enfants. Pouvoir élever et chérir en toute confiance ces derniers dans l'idée qu'ils donneront à leur tour naissance à des enfants à notre image et à celle de nos ancêtres et non à celle du voisin indélicat tentant de s'incruster abusivement dans notre communauté. Pouvoir enfin revendiquer librement nos origines et nous montrer fier de notre histoire sans avoir à nous justifier, comme si nous faisions là preuve de perversité. Si une Maya du Guatemala, un Juif américain, un Noir d'Afrique du Sud ou un Tibétain méritent de recevoir le prix Nobel de la Paix pour avoir défendu les droits de leur communauté respective, pourquoi les Merina seuls seraient-ils des criminels s'ils osaient réclamer la même chose pour leur peuple ?

      Voilà pourquoi nous tenons enfin à nous exprimer. Affirmer à la face du monde notre identité et nos différences. Nous sommes merina, les descendants directs des premiers occupants malayo-indonésiens de Madagascar. Avec nos ancêtres, nous nous sommes battus depuis maintenant deux millénaires pour préserver contre vents et marées notre particularité raciale dont, tout naturellement, nous sommes très fiers. Comme les Juifs et autres peuples puissants et respectés, nous avons une culture prônant l'endogamie et il n'y a aucune raison pour que cela change. Nous sommes également les héritiers titulaires de l'ancien Royaume de Madagascar et sommes résolus à assumer toutes les responsabilités que cela implique.

      Mais nous savons aussi évidemment que nous vivons au milieu d'autres peuples étrangers à notre communauté et qui, tout comme nous-mêmes, possèdent des droits que nous ne demandons qu'à respecter, à partir du moment où ceux-ci respectent les nôtres. En d'autres termes, nous réclamons tout simplement la réciprocité, le respect, la reconnaissance mutuelle. Que chaque communauté puisse préserver ses propres intérêts, du moment que ceux-ci ne réclament pas la destruction des autres. Pourquoi donc les quelques vingt (ou trente, peu importe !) nations et ethnies autochtones de Madagascar ne pourraient-elles vivre en paix, en bonne intelligence, et au besoin, dans la coopération et la solidarité pour la satisfaction des intérêts qu'ils peuvent avoir en commun ? Et surtout, pourquoi devraient-elles absolument fusionner à l'intérieur d'une nouvelle entité "créole afro-asiatique" dénommée "malagasy", après la destruction des différentes particularités constitutives ? Uniquement parce que cela arrange les intérêts des profiteurs du "pouvoir unitaire" et les ambitions dominatrices des Français?

      Ce sont là pour moi les principes devant soutenir les objectifs visés par la cause merina. Comme tous ceux qui se sont posés la question, je m'interroge moi aussi sur les solutions pratiques et ne possède aucun à priori en la matière. Tout ce dont je suis persuadé est que l'actuel Etat unitaire mis en place par les Français pour préserver leurs propres intérêts a définitivement fait son temps. Et aucune volonté politique de "restauration d'autorité", aucune tentative de réforme, tant bien même s'appuyant sur la complaisance de quelques larbins "merina" affublés du titre de "ministre" ou de "premier ministre" n'aura la moindre chance de renverser le courant. Autant espérer ressusciter un mort par la seule incantation.

      Et la première raison de la fin inéluctable de la république malgache est donc tout simplement la défection des Merina. Car qu'on le veuille ou non, dans leur tête, les Merina ont maintenant définitivement rompu déjà avec les institutions unitaristes de ce pays. Après en avoir été les principaux soutiens locaux et la caution de la légitimité historique, ils ont cessé d'y croire, n'en voyant plus l'intérêt, bien au contraire. Une quarantaine d'années de désastres pour leur communauté ont achevé de leur faire comprendre qu'ils n'avaient absolument rien à espérer de ces institutions-là. Sans compter donc qu'avec la destruction d'Anatirova de cette façon abjecte, ils savent qu'ils ne sont même plus tenus d'accorder le plus petit respect aux détenteurs d'un pouvoir qui a perdu, à leurs yeux, toute légitimité morale. Et ce n'est certainement pas une prétendue "caution démocratique" exprimant moins du quart des suffrages des électeurs (parmi lesquels sans doute, les Merina font presque entièrement défaut !) qui pourrait permettre à un président, par ailleurs connu pour être un vaurien et un monstre de la pire espèce, à acquérir ne serait-ce qu'un semblant de prestige. C'est simple, pour les Merina, au titre de "Président de la République malgache" ne s'associent plus désormais que des qualificatifs comme : assassin, voleur, affameur, incendiaire de rova, destructeurs de fasan-drazana, etc.

      Au point d'ailleurs que l'on pourrait sans doute dire un jour qu'avec la destruction d'Anatirova, la pire de toutes les bêtises des oligarques noirs de Madagascar est d'avoir empêché un Merina d'accéder à la présidence, si du moins ils voulaient vraiment y donner un dernier répit au pouvoir unitaire. Encore que même un "pouvoir merina" n'aurait sans doute servi que de simple perfusion pour tenter de prolonger tant bien que mal l'agonie d'un corps de toutes façons irrémédiablement condamné. Mais même cela, c'était déjà trop leur demander !...

      Par conséquent, puisque le jeu n'en vaut plus pour nous la chandelle, il ne nous reste qu'à nous retirer, à nous organiser autrement, en profitant des nouvelles opportunités offertes par l'actuelle réorganisation de la planète. En commençant déjà par reprendre possession de notre nom : Merina ! C'est pour nous le premier pas vers la libération, la reconquête de notre dignité, la réconciliation avec nous-mêmes, avec notre identité et notre histoire. Rien que par ce geste, en rejetant enfin l'oppression humiliante que recouvre inévitablement cette appellation de "malgache", nous avons la possibilité de briser le cercle vicieux de notre aliénation collective.

      Nous sommes MERINA ! Nous sommes redevenus nous-mêmes. Nous sommes enfin LIBRES !

      Et dans notre sillage, chaque peuple de Madagascar ne manquerait également de retrouver sa propre liberté, sa propre identité et l'assumer en toute dignité. C'est après seulement, sur ces bases, non pas "nouvelles" mais "restaurées", replacées sur le socle des réalités profondes de ce pays que nous pourrions envisager construire l'avenir. Ensemble sans doute puisqu'on occupe le même espace mais côte à côte, non les uns à l'intérieur des autres, après en avoir été cannibalisés. Nous pourrions enfin coexister dans la reconnaissance, le respect mutuel des intérêts vitaux de chaque communauté.

      Bien entendu, d'autres problèmes ne manqueront alors d'apparaître. Mais au moins, leur solution ne dépendra cette fois-ci que de notre volonté, et non pas de la satisfaction des intérêts d'une puissance coloniale étrangère, relayée par une bande de profiteurs locaux.

      Et parmi ces problèmes donc, nous aurons déjà à gérer les bouleversements que la réhabilitation du nom de "merina", reprenant comme il se doit tout ce que l'usage du terme "malagasy" lui a usurpé, ne manqueront de provoquer.

      Tant il est vrai qu'il suffit d'y penser sérieusement pour aussitôt se rendre compte jusqu'à quel point l'importance des Merina est fondamentale dans ce pays. C'est simple, si l'on fait abstraction de leur présence, tout semble aussitôt perdre toute signification, tout intérêt. Ils font plus qu'occuper le centre pour représenter carrément le moyeu sans lequel plus rien ne saurait tenir en place. Dire même qu'ils servent de "lien fédérateur" est finalement bien en-deçà de leur véritable rôle puisque sans eux, toute construction ambitionnant de dépasser le cadre strictement local volerait en éclat. A défaut d'en être le cerveau, les Merina constituent le coeur, l'âme de ce pays, et cela depuis les origines. On comprend dès lors parfaitement la panique des malgachistes de tout bord (s'exprimant par exemple par le moyen de ce balbutiement pathétique au sujet du "ségrégationnisme", pour en fait désigner surtout le "séparatisme", tant bien même social et psychologique !) devant la perspective de leur "défection" !...

      Mais il va de soi qu'on ne peut à la fois profiter de la participation merina à un niveau aussi fondamental et les exclure des bénéfices du pouvoir. On ne peut espérer indéfiniment s'en servir comme de simples faire-valoir, avec pour seule perspective d'avenir la disparition à brève échéance de leur nationalité. Or, étant donné leur importance foncière, la place qui leur revient ne saurait être que la première. Autrement, c'est de l'injustice et du sabotage pour que tout échoue, tant bien même le prétexte invoqué se référerait-il au respect de la "démocratie", sur la base de considérations d'ordre purement numérique.

      Et pourtant, nous savons que c'est ce que les Français ont manigancé en passant les rênes à leurs hommes de paille côtiers avant de se retirer derrière les paravents. Il est vrai donc que c'est justement pour pouvoir continuer à être indispensables, à préserver coûte que coûte leur domination, dans la considération que, sans les Merina à sa tête, Madagascar ne pourrait jamais voler de ses propres ailes. Seulement, il se trouve que les Français eux-mêmes n'avaient pas vraiment les moyens d'assumer indéfiniment la charge qu'ils s'étaient ainsi octroyés. D'où inévitablement l'actuelle situation, constituant l'aboutissement d'un gâchis de quatre décennies, prolongeant elles-mêmes soixante ans de "ravalement des Hova".

      En conséquence, il ne nous reste plus qu'à tirer les conclusions qui s'imposent. D'un côté nous avons une coalition de circonstance réunissant les Noirs (puisque c'est en fait la seule chose qu'ils ont véritablement en commun !) et de l'autre les Merina se trouvant en position de minorité. Les premiers sont résolus à accaparer à jamais le pouvoir, sans pour autant disposer des moyens de l'exercer efficacement pour le développement du pays tandis que les seconds se désespèrent de ne pouvoir rien faire pour y remédier, malgré leurs potentiels et la menace que l'on fait peser sur leur survie. Comme résultat, nous avons la paralysie du pays entier, sans que cela ne profite à personne, en dehors d'une poignée d'oligarques sans scrupule. Dans ces conditions, il semble que le mieux serait encore de neutraliser ce qui fait l'objet de la discorde, à savoir, l'existence même d'un pouvoir centralisateur dont tout dépend. Que l'on restitue donc aux peuples et aux nations, aux foko et aux firenena, leur autonomie, la possibilité de s'occuper eux-mêmes de leurs propres affaires. Et pour les intérêts que nous pouvons avoir en commun, négocions en toute liberté, dans le respect des droits fondamentaux de chaque partie et du principe de réciprocité.

      Par-delà les faux-fuyants et les discours oiseux sur les dangers du "racisme", la préservation de l'"unité nationale", la "restauration de l'Etat" ou le respect de la "démocratie" à l'occidentale, c'est avant tout dans ces termes que se posent véritablement pour moi les problèmes actuels de Madagascar.


(Mise au point)

      Cela fait une semaine que j'ai déposé le précédent article et je commence à mesurer le genre d'écho qu'il peut susciter. Mon intention n'est pas ici de m'expliquer davantage car cela n'en vaudrait pas la peine. On dit qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et j'y ajoute : il n'y a pas plus obtus que celui qui refuse de comprendre. Ou plutôt, qui ne "comprend" que ce qu'il a envie de "comprendre", même si cela n'a rien à voir avec ce que l'on a essayé d'exprimer soi-même. A ce niveau-là, ce n'est plus mon problème.

      Néanmoins, j'estime qu'il manque finalement quelque chose à mon texte. C'est que, ne le voulant pas vraiment polémique mais plutôt une sorte de "manifeste" de circonstance, j'ai évité de l'alourdir avec des affirmations trop directes. Mais je vois maintenant que j'ai eu tort. Je vais donc cette fois-ci mettre les points sur les "i", qu'au moins, de mon côté, il n'y ait plus d'équivoque. Pour le reste, comprenez ce que vous avez envie de comprendre.

      D'aucuns continuent à s'imaginer que, nous autres Merina, nous ambitionnons d'imposer notre domination sur Madagascar par le moyen d'une reconquête du pouvoir sur l'ensemble du pays. D'où certaines réactions pour le moins surprenantes : "Halte à l'impérialisme merina ; halte à l'apartheid..."

      Mais cela fait longtemps que les Merina n'en sont plus là. D'ailleurs, un journal comme Feon'ny Merina ne réclame-t-il pas depuis plusieurs années maintenant que l'on déplace la capitale de la République malgache ailleurs qu'à Antananarivo! Alors, qu'on se le dise une fois pour toutes :

      L'héritage impérial de l'ancien royaume de Madagascar est pour nous définitivement tombé en désuétude. La conquête du pouvoir politique à l'échelle de l'île ne nous intéresse plus. La simple perspective même de l'existence d'un pouvoir unitaire nous révolte car ne manquant d'évoquer la servitude coloniale et ses séquelles. Celui-ci est pour nous synonyme de misère et d'oppression, d'aliénation générale.

      Autant dire que, pour un Merina s'assumant tel, un titre comme celui de "président de la république malgache" est désormais ressenti comme une véritable abomination. Sans doute, récemment encore, des Merina ont pu briguer un tel titre, mais ils ne l'ont pas fait en tant que merina mais de "malagasy". Ceux-là ne sauraient en aucune manière nous représenter.

      Par conséquent, il va falloir que vous vous résigniez à comprendre que, cette fois-ci, nous sommes décidés à retirer nos billes du jeu. Un jeu qui, pour nous, n'en vaut plus la peine, tant il est stupide et ne saurait apporter que ruine et destruction pour notre peuple. Les mascarades grotesques où on joue les "citoyens malagasy" sont pour nous finies. On se rhabille et on rentre à la maison pour retrouver enfin l'intimité de notre identité d'origine.

      Nous sommes merina, les malais de Madagascar et rien d'autre.

      Nous n'ambitionnons plus de devenir les maîtres des autres peuples de Madagascar, pas plus que nous ne saurions tolérer plus longtemps qu'ils nous dominent. Nous ne voulons pas nous mêler de leurs affaires comme nous refusons qu'ils se mêlent des nôtres. Cela nous dérange même qu'ils utilisent notre langue en l'affublant de ce qualificatif ridicule de "malagasy iombonana". De même, nous nous refusons à partager avec eux nos patrimoines culturels et historiques.

      Alors, reprenez possession de vos propres héritages et laissez-nous les nôtres. Efforcez-vous de retrouver vos racines africaines, de réhabiliter votre négritude, nous on va tourner nos regards vers l'est. Entre nous désormais, il y a la planète entière.

      Le "peuple malagasy" n'a jamais existé, sauf peut-être dans la seule vision des coloniaux européens et, pour la survie de tous les peuples de ce pays, il n'y a aucune raison pour que celui-ci voit le jour. Vous n'êtes pour nous ni des parents, ni des compatriotes. Vous n'êtes que nos voisins obligés. Mais des voisins malfaisants, n'aspirant qu'à nous agresser, nous cannibaliser, après avoir affamé notre peuple, souillé nos villes, violé nos familles, assassiné nos jeunes gens, incendié nos monuments et nos cimetières.

      Malheureusement, à notre plus grand regret, nous sommes obligés d'occuper le même espace que vous. Alors, à défaut de nous apprécier, essayons au moins de se tolérer, tout en limitant les contacts au minimum inévitable. Nous n'avons plus besoin de nous agresser continuellement pour montrer que nous nous haïssons. Et le dialogue même n'est possible que s'il y a au préalable reconnaissance mutuelle du droit à la vie et au respect. Mais même cela, vous ne pouvez nous l'accorder.

      Aussi, laissez-nous nous occuper de nos propres affaires et occupez-vous des vôtres. Nous ne demandons qu'à vivre en paix, sans vous avoir, ni sur le dos ni dans les pattes. Vivre et laisser vivre, c'est tout ce à quoi nous aspirons. Ce n'est tout de même pas trop demander


NOTES

[53] Ceci, nonobstant évidemment les caractères physiques dont la valorisation par la culture ou autres facteurs conjoncturels pourrait ensuite faire naître nombre de spécificités assurant l'originalité de chaque civilisation. En d'autres termes, les éventuelles particularités que les différents peuples nusantariens possèdent en commun par rapport aux participants d'autres civilisations seraient moins dues à des facteurs proprement raciaux (que d'ailleurs, ils partagent déjà donc avec de nombreux autres peuples étrangers à leur communauté !) qu'à la perpétuation des mêmes héritages par des groupes humains demeurés en bien des points très proches de leurs origines communes, ne serait-ce qu'en raison de l'insularité. (Retour au texte)

[54] Encore qu'à la réflexion, on peut aussi dire que c'est une véritable idéologie messianique, à l'instar du communisme, ou même des religions monothéistes sotériologiques, mais qui n'ose pas s'afficher comme telle, pour éviter justement d'avoir à s'expliquer, et ainsi, laisser apparaître les incohérences inquiétantes de son discours, sans parler des motivations plus que douteuses de ses agressifs sectateurs. L'antiracisme se pose ainsi d'emblée en cause absolument "juste", et de ce fait, incapable de tolérer la moindre opposition, tous ses contradicteurs étant considérés d'office comme "racistes", c'est-à-dire, l'incarnation même du "mal". Encore qu'il vit aussi évidemment de ce "mal" dont le caractère volontiers conçu comme diabolique lui sert à justifier sa propre existence et le pouvoir inquisitoire qu'il s'octroie. D'où son obsession de l'omniprésence supposée du "racisme" contre lequel il se veut en croisade perpétuelle et qu'il entreprend donc de lui-même de "traquer", de "débusquer" partout et en chacun, au point de créer au sein de la société où il sévit une véritable psychose sur fond de terreur morale et intellectuelle, sans parler des persécutions juridiques, à grand renfort de "procès-spectacles". Il apparaît également alors que, de tous les "missionnaires" ou les inquisiteurs possédés par l'envie fanatique de tout soumettre, tout bouleverser pour le seul profit de leur domination maladive, les antiracistes sont les plus lâches et les plus sournois. (Retour au texte)


  Sehatr'Imerina Ny eritreritrao...