FIAROVANA NY ZON'NY MERINA HITENY! *


A Monsieur ... et ses partisans du FBRA2,

      Je me présente. Je suis Andriantefinanahary, de nationalité merina, et comme il est question du KIANJAN'IMERINA[49] dans votre communiqué et que vous m'en avez vous-même adressé une copie, je m'estime en droit de vous répondre, ainsi qu'à tous ceux qui fréquentent ce forum, dont quelques-uns m'ont d'ailleurs fait d'eux-mêmes part de leurs réflexions.

      Avant de commencer, je tiens aussi à expliquer pourquoi je m'adresse à vous en français. C'est que vous vous dites "malagasy" et comme que je ne connais aucune "langue malagasy", je me trouve dans l'obligation de me servir de la langue de ceux qui ont justement crée de toutes pièces la notion de "malgache/malagasy", et dont les experts en la matière se qualifient toujours d'ailleurs de "malgachisants" !... Devant une telle situation, ç'eût été incongru de ma part de m'adresser à vous en LANGUE MERINA.

      Donc, si je comprends bien, vous prétendez être en droit d'interdire ce forum aux Merina se réclamant d'être merina, tout en vous défendant, bien sûr, de pratiquer l'exclusion. On retrouve bien là l'attitude habituelle des dirigeants malgaches dont vous semblez refléter parfaitement le point de vue. Les Merina ont leur place à l'intérieur de la "nation malgache", à condition de se taire. Ou alors, qu'ils ne s'expriment que pour aboyer avec les chiens, pour soutenir ceux qui n'aspirent qu'à leur cracher dessus, à détruire leur propre peuple. Et qu'ils se contentent de servir et de tout abandonner avec complaisance entre les mains de leurs impudents et insatiables ennemis : leur propre tanindrazana, leur dignité, leur passé, leur langue, leurs femmes, et bien sûr, le pouvoir !...

      Mais je crois quand même que vous (je parle alors à tous ceux qui se reconnaissent dans les "propos malgachistes" ordinaires, aux partisans incorrigibles des "samy malagasy marolafy" !...) venez de faire une petite erreur. En effet, pour pouvoir continuer à profiter de notre silence et de notre démission, il fallait nous laisser tranquille dans notre coin, où nous étions déjà si résignés, préférant ne même plus y penser. Mais même là, vous ne pouviez vous empêcher de venir nous chercher. Au point de troubler notre piteuse léthargie par des bombes incendiaires !... En langue merina, cela s'appelle mangarom-biby an-davaka et mamono biby tsy mahafaty !

      Eh bien, cette fois-ci, il va falloir que vous subissiez les conséquences de notre réveil brutal, révolté devant le terrible constat que la maison et le cimetière viennent de partir en fumée à cause de la malveillance d'un voisinage indigne. Et comme vous autres semblez aimer le feu, je peux vous assurer que cela va chauffer !...

      Comment espérez-vous donc nous réduire au silence ? Par de dérisoires intimidations politico-moralistes peut-être, comme quoi nos opinions reflètent une volonté de "discrimination" et portent les ferments du "racisme" ? Ou bien (pour essayer de nous faire mourir de rire alors !), en nous qualifiant de "tribalistes", de "diviseurs" et de "saboteurs de l'unité nationale du peuple malagasy" !

      Mais vous vous mettez les doigts dans l'oeil ! Car désormais, ni vous ni personne d'autre au monde ne pourraient empêcher les Merina de faire entendre leur voix. Et surtout pas en tout cas dans un lieu se préoccupant de près ou de loin de Madagascar. En fait, je crois même qu'en ce moment et pour très longtemps, les seuls qui, à Madagascar ou au sujet de ce pays ont vraiment quelque chose à dire sont les Merina. D'abord parce qu'on ne les a jamais laissé parler (je veux dire, en tant que merina !) depuis un siècle, et ensuite parce que leur existence constitue tout simplement le principal problème des autres, la preuve... Même la question cruciale du développement économique est entièrement conditionnée ici par l'incontournable "question merina"!

      Ce qui signifie déjà que tout dépend également dans ce pays de la solution aux problèmes qui se posent aux Merina eux-mêmes. Et pour nous dorénavant, tout peut être ramené à quelques mots : Rova, fanazimbazimbana, relèvement national merina, coexistence avec les Noirs et nécessité de parer de toute urgence à la menace de génocide qu'ils fomentent ouvertement !... En d'autres termes, ce sont là tout simplement LES PRINCIPAUX PROBLEMES DE MADAGASCAR. Le reste n'est que faux-semblant et mascarade.

      Du reste, puisqu'on en parle, on peut rappeler que ce n'est pas seulement à la suite des événements contemporains (ou pour des raisons géographiques !) que les Merina occupent ainsi une place centrale à Madagascar. En effet, tout dans ce pays porte de manière indélébile notre empreinte, et cela, depuis les origines. Y compris les hommes, chaque mot de leur langue, chaque manifestation culturelle de n'importe quelle région, de n'importe quelle ethnie. Même votre sentiment d'appartenir (par dépit !) au monde africain ne s'explique que par notre présence, par référence à nous. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître à première vue, en dehors peut-être de la couleur noire de la peau, le seul facteur d'unité des non-merina est dans ce pays leur opposition (uniquement motivée d'ailleurs par la plus mesquine des jalousies !) aux Merina. Autant dire dans ces conditions que Madagascar tel que nous le connaissons est tout simplement inconcevable sans les Merina et leurs ancêtres !...

      Et avec tout cela, vous pensez vous débarrasser de nous aussi facilement ! Vous espérez pouvoir débattre sur Madagascar sans la "voix des Merina" ! Et dans leur propre langue en plus. Mais vous délirez complètement ! C'est en effet comme si vous vouliez festoyer dans une salle dont tout le centre est occupé par un vide profond, un gouffre insondable. Car même lorsque nous sommes physiquement absents, notre ombre continuera toujours à remplir l'espace de tout débat au sujet de ce pays, à conditionner chaque proposition, chaque réflexion.

      Vous vous dites peut-être que les Merina ne représentent qu'une petite partie de Madagascar. Mais vous vous trompez lourdement car cette partie-là en est la partie essentielle ! Le noyau, ou plutôt, le pivot sur qui se repose tout l'édifice. Madagascar sans les Merina deviendrait un corps sans âme, une simple épave à la dérive. Numériquement, nous sommes sans doute maintenant minoritaires mais "moralement" (Ary "NY FANAHY NO OLONA" hoy Andrianampoinimerina izay !), symboliquement, idéologiquement, culturellement, tout dans ce pays dépend de notre présence. Sans les Merina, plus rien n'aurait la moindre signification à Madagascar. Ce qui permet déjà d'ailleurs de dire que, dans ces conditions, leur exclusion des postes suprêmes de responsabilité équivaut de la part de leurs ennemis à une simple tentative de suicide à petit feu. Et comme ce n'est pas exactement leur intention, cela prouve au moins qu'ils sont plus stupides encore que malveillants ! En fait, si l'on doit absolument trouver un équivalent numérique à la véritable importance des Merina, on devrait peut-être pouvoir chiffrer celle-ci à quelque chose comme 95 %. Et encore les 5 % qui restent ne sont ici concédés que pour les besoins de la modestie !...

      Par conséquent, si on cherche un vrai sujet de débat intelligent dans ce pays, on devrait plutôt discuter de la manière dont une telle importance pourrait se traduire dans l'expression démocratique et la répartition effective du pouvoir !

      Alors, sans rire, de quoi parleraient donc les "Malagasy" hors de la présence merina, une fois qu'ils aient réussi à se débarrasser de leur dérangeante "voix" ? De la culture du baobab peut-être au pôle nord ?... En se gargarisant avec l'idée qu'avec les planches, ils construiront la maison commune du "firenena malagasy marolafy" !...

      Mais pour revenir sur terre, tout cela permet évidemment de comprendre votre drame, ce qui vous tracasse par-dessus tout. Comment en effet gérer une pareille situation, et surtout d'ailleurs lorsqu'on a l'illusion de détenir le pouvoir ! Qu'est-ce que vous allez donc pouvoir faire des Merina ? Problème obsédant mais véritablement insoluble, d'où déjà l'impatience de certains, ayant facilement abouti à des "dérapages" comme, par exemple, ces malheureuses bombes incendiaires... Cela vous arrange hein ! à ce que l'on disparaisse!... D'autres appelleraient cela aspirer au meurtre du père !...

      Mais comme vous ne pouvez nous exterminer, vous cherchez à nous intimider pour que l'on fasse pour vous le mort !... Vous voulez bien avoir des Merina auprès de vous mais à condition qu'ils ne se conduisent pas comme les Merina qu'ils sont mais comme vous-mêmes dans vos fantasmes morbides, comme des "malagasy" bien accommodants, bien complaisants, jouant avec servilité les "créoles afro-asiatiques"!... Comme cela, vous pourriez accaparer facilement tous leurs héritages, sans trop avoir l'impression de perdre la face. En commençant déjà par tout rebaptiser avec cette appellation ridicule de "malagasy"!... Teny malagasy, fomba malagasy, Firenena malagasy!... Et quoi encore !

      Vous nous prenez donc vraiment pour des débiles ou des masochistes ! Les Merina dégénérés qui se sont complus à ce jeu stupide et irresponsable ont déjà disparu, emportés par les souffles d'une bombe incendiaire. Ceux qui restent sont d'une autre trempe. Ils sont de la race de Trimofoloalina, de Ratrimonavelandrainy, d'Andriamary, d'Andrianampoinimerina, de Rainimahay, de Rafito, de Rainandriamampandry, de Rabozaka !...

      Quand pourriez-vous donc comprendre que, pour tout merina un peu tonga saina qui se respecte désormais, "malagasy" équivaut simplement à une injure, et même la plus infamante de toutes ! Est-ce que cela vous plairait de vous faire traiter de "simples d'esprit", de "dégénérés", de "sales nègres" ou d'"esclaves des Blancs"? Car pour nous, ce qualificatif n'évoque plus dorénavant que tout cela et davantage de plus dévalorisant encore. Comme d'ailleurs aussi pour tous les habitants de Madagascar qui ont eu le malheur d'en entendre parler avant le XIXe siècle. Notre volonté de rejeter ce qualificatif ordurier et malsonnant ne fait ainsi que rejoindre le réflexe des anciens habitants du pays d'avant l'époque de la servitude et de l'endoctrinement étranger. Nous nous contentons de reprendre possession de notre liberté et de notre dignité en refermant enfin avec éclat la parenthèse coloniale et ses séquelles.

      Je sais bien que vous en avez besoin pour pouvoir disposer d'un dénominateur commun avec notamment les Merina... "démérinisés". Cela vous permet d'afficher devant les collègues complaisants et les touristes béats un aspect original de "rainbow islanders", les Merina faisant alors office de "touche asiatique" dans le tableau, à votre pleine et entière disposition. Tranquilles, soumis et accommodants, ânonnant bêtement, "samy malagasy isika" devant ceux qui, par ailleurs se réclament de la défense de la cause côtière et des héritages du Firaisan'ny Tanindrana sy ny Mainty enin-dreny ary ny karazany ! Cela vous aurait permis, comme à Tsiranana, de vous réclamer d'être les "seuls véritables afro-asiatiques" du monde.

      Mais c'est raté et faites-vous une raison. Ayez enfin la dignité et le courage de vous réclamer de votre propre identité. D'assumer votre négritude. Et si vous en avez si tant honte, ayez au moins la correction de ne pas essayer de nous l'imposer sournoisement. Rabattez-vous plutôt sur les produits cosmétiques ou finissez-en en vous jetant sous un train ! Mais arrêtez de nous chercher des poux !...

      Et en attendant, essayez déjà de ne pas vous conduire comme si vous étiez mandatés par les autorités de la République malgache (ou de son alter ego français !) pour laquelle d'ailleurs j'ai encore moins de considération que pour le dernier pet du chien du voisin ! Ce n'est tout de même pas avec ce type de "langue de bois" que vous espérez pouvoir nous intimider !

      Ben voyons, messieurs ! Un peu de tenue intellectuelle ! Vous êtes sur Internet et à la veille du XXIe siècle, dans l'antichambre d'un monde multipolaire où les vieilles frontières étatiques et la terreur devant la toute puissance occidentale ne seront plus qu'un mauvais souvenir ! Vous pensez donc vraiment que c'est un lieu on une expression comme "malagasy marolafy" possède encore sa place (dans la supposition déjà qu'elle ait jamais eu de place, ailleurs que dans les discours démagogiques des accapareurs du pouvoir à Madagascar) ! Vous espérez vraiment qu'un Merina doit s'y sentir obligé de fraterniser avec un Makoa ou un Betsileo alors qu'il a à portée de clavier le monde entier où pullulent des gens avec qui il partage infiniment plus d'affinités !

      Cela dit, pour ma part, je peux quand même discuter avec un Sakalava, un Tandroy ou un Mainty mais à la condition qu'il me respecte dans mon identité de Merina et assume lui-même dignement ses propres origines. Autrement dit, qu'il ne vienne pas à moi retranché derrière le masque grotesque et foncièrement agressif du "malagasy" ! A la limite, c'est une simple question de politesse. Après tout ce que l'on nous a fait subir depuis 40 ans au nom du "firenena malagasy", moi je sort mon revolver dès que j'entends prononcer une telle expression !... Et cela s'appelle pour moi soif de justice, droit on ne peut plus légitime d'auto-défense, face à des tueurs de Merina, des mpandoro-rova.

      Voilà messieurs ma réponse que vous sembliez avoir souhaité entendre en venant vous-mêmes me chercher. J'espère qu'elle ne vous a pas trop déçu.

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Ho anao ry havana merina,

      Sarasara tsy ambaka tompoko amin'izao taom-baovao izao !

      Miala tsiny raha toa ka somary nivatravatra fa tadiavinin'ny sasany kendaina ka tsy maintsy mba nihoraka kely !... Sady izay moa vao nifohazin'ny fipaokan'ny baomba tampoka tao anatin'ny faharendremana ka mbola manandra-peo sy manenjan-tanana. Efa ela laotra mantsy izao no voatery nangina irery sy nitorovoka tao anatin'ny aizina mandifotr'olona, nizaka ny fanitsakitsahana sy ny ompa vary raraka. Ka isaorana an'Andriamanitra sy ireo Razana fa toa velona soamantsara ihany ! Ny hany nanjavona nifahon'ny baomba dia ny tahotra sy ny alo-kenatry ny "malagasy" !...

      Ka dia velona tokoa ary vonona tanteraka amin'izay ny hijoro mba hiaro-tena sy hanarina firenena. Tsy mikoso-maso, tsy miamboho fahavalo ary tapa-kevitra ny hanakana sy hanapotika ny hery setran'ny mpandoro-rova rehetra !

      Mangiran-dratsy izao ny andro ary tsy ho ela intsony dia hiposaka indray ny masoandro ho an'ny Merina-Ambaniandro ! Ka mitsikia ary atodiho miantsinana ny loha.

      Veloma finaritra Rahavana !

Hoy Ratefy, terak'Imamo sy Imerina


NOTES

[*] "Défense du droit des Merina à la parole!". (Retour au texte)

[49] Nom devenu SEHATR'IMERINA quelques mois plus tard. (Retour au texte)


  Sehatr'Imerina Ny eritreritrao...